La définition du mot talent (Partie 3)


Dites-moi, est-ce que le talent se reflète davantage dans le joueur qui obtient beaucoup de succès dans son lancer, en utilisant une technique inapproprié ? Ou bien dans l'athlète qui pige rapidement et parfaitement bien le mouvement technique, mais qui ne la criss pas dedans ? Pour ma part, j'entends le mot « talent » dans les deux situations, pourtant très différentes. Bien-sûr, le mot talent, revient plus souvent pour le Kid qui fait à sa tête mais avec un certain succès en match.

J'ai ma propre définition du mot talent, je ne sais pas si c'est la bonne, mais ce que je suis certain par contre, c'est que votre propre définition du mot talent en tant qu'entraîneur, influencera vos athlètes à ce se définir eux-mêmes ! La même chose pour un parent, un athlète ou même juste un spectateur, votre définition du talent se répercutera sur ceux et celles qui vous entourent. Pensez-y un peu ... Tout les athlètes rêvent d'être talentueux, car le mot talent est associé au succès, aux équipes élites et à la reconnaissance des autres. Je vous le répète donc une autre fois, ...est-ce que le talent, c'est réellement la capacité à réussir sans un véritable effort !?

Selon moi, il ne faut pas chercher beaucoup plus loin la raison de nos insuccès à enseigner et à exiger de l'effort de la part de nos athlètes en développement avec une telle définition du mot talent. Et si ce n'était seulement ... que notre mauvaise perception du mot talent et de la glorification malsaine que nous en faisons sans pouvoir le définir vraiment ?

Bon reprenons, après cette année là. Nous devions reformer un groupe d'athlètes régionaux pour les Jeux du Québec de 2001 à Lachine. Cette fois, la plupart des athlètes Mauriciennes étaient présentes au rendez- vous. À l'exception d'une ou deux vedettes locales qui n'ont pas voulues joindre les rangs de cette équipe régionale, les meilleures joueuses de la région étaient là. Nous avions donc un bien plus grand choix que l'été dernier. Si cette fois, la sélection d'Élise Caron, ne faisait aucun doute, en regard avec sa progression, il n'en demeure pas moins que son statut dans l'équipe n'était pas celui réservé aux grandes vedettes.

Plusieurs joueuses du même âge portaient déjà les espoirs de la région. Que ce soit l'excellente Marie- Michèle Lapointe du CMI, ou la naturelle Laurie-Anne Déry de mon programme des Pionniers de l'ESDR, ainsi que quelques autres étiquetées également comme les vedettes de leur programme respectifs et de leurs ligues scolaires, comme l'athlète Catherine Boulé ( ISK ), ou même la petite guerrière Alexandrine Renaud ( VM ). Toutes ces filles, partaient avec une longueur d'avance sur les autres, y compris sur Élise. Et là je ne parle que de la petite Mauricie, car à cet âge, c'était des noms qui n'avaient rien à voir avec ceux de Chanelle et Cloé St-Amour, ni de Sarah Lachapelle en Montérégie, des noms comme Jessica Bibeau, Jolin, ... dans les Cantons de l'Est ... je me souviens de celui d'Aurélie Roy ou de Myriam Lamarre de la grande région de Québec. Et il y avait déjà plusieurs noms qui hantaient l'expérimentée équipe de Richelieu- Yamaska et ses vaillantes, qui avaient non pas une, mais bien deux longueur d'avance sur les autres à cet âge.

Contrairement à l'été dernier, notre horaire de matchs était chargé ... quelques tournois et plusieurs matchs hors concours avant les Jeux. Nos entraînements toutefois, étaient encore et toujours basés sur le développement individuel. Avec mes nombreuses évaluations quantifiables, tests physiques, ect... Je me refusais d'enseigner à de si jeunes athlètes, des stratégies restrictives autant en attaque, qu'a la défensive. A tout le moins, je voulais retarder cela le plus longtemps possible.

Élise et Laurie-Anne, trônaient solidement au dessus des autres dans la très grande majorité des tests d'habiletés basket, shooting ou autres. Sur le plan physique, c'était très difficile de reléguer une des deux petites naines de Val-Mauricie au troisième rang ( Alexandrine et Élise ). Mais au niveau du 1 vs 1, Élise Caron, était tout simplement INVINCIBLE ... que ce soit l'effort, la condition physique ou le talent, elle surclassait toutes les autres dans cet aspect important de la game, encore plus dans un calibre de men to men « obligatoire » ( encore faut t'il que la règle soit appliquée ... mais bon ... ).

En match, bien que solide en défense, elle n'arrivait pas à démontrer les mêmes %, la même efficacité offensive, que les évaluations en entraînement témoignaient pour elle. En dépit de cela, je continuais a utiliser Élise au poste de garde assez régulièrement, un choix qui n'aura certainement pas plu à toutes, puisque l'une de nos vedettes à quitté le navire en marche. Mais comme, je le disais, ma façon d'évaluer mes athlètes se situe au niveau des entraînements, non pas par leur efforts en entraînement, mais bien par leurs performances ! Bien-sûr, Élise passait plus de temps que les autres dans le gymnase à peaufiner ses habiletés individuelles, ce qui lui conférait un avantage mérité, mais je n'ai pratiquement rien à faire du temps passé en gymnase lorsque viens le temps de trancher entre qui jouera ou qui ne jouera pas. ( qui jouera plus ou moins, si vous préférez) lorsque la victoire d'équipe est en jeu. Ce qui m'importe c'est d'évaluer mes joueuses entre-elles le mieux et le plus souvent possible. Et cela ne peut se faire qu'en entraînement ... où chacune à la même chance de se faire valoir !

Je doute très fort, que le retrait d'une joueuse aussi bonne, puisse avoir été positif, car nous aurions aimé avoir cette joueuse avec nous, mais le fait est ... que les matchs suivants, la jeune Élise était devenue une arme offensive redoutable pour tout les adversaires que nous affrontions ,en fait, elle était l'une des meilleures joueuses sur terrain à chacune de nos rencontres et l'équipe avait tellement progressée au niveau de l'engagement de chacune de nos joueuses, qu'en quelques semaines, nous étions passé d'une formation de deuxième ordre au classement des Jeux du Québec, à une équipe classée 5e au moment des cérémonies d'ouverture, puisque le classement devait tenir compte des années passées, malgré nos récentes victoires estivales contre Québec, Richelieu, Saguenay ... nous ne pouvions pas être considérée véritablement parmi les véritables favorites.

Élise ne s'est peut-être pas fait une renommée provinciale cet été là, mais tout le temps passé à travailler sur elle-même autant au niveau technique que mentale, dans la dernière année, lui aura servit à faire parler d'elle et surtout de découvrir que ses talents ou aptitudes en basket-ball, dépassaient de beaucoup le simple mot effort. Mais la question est ... que serait-t-il arrivé si Élise n'avait pas sacrifié plusieurs heures à s'entraîner individuellement ? Si elle avait préférer joindre les rangs d'une formation d'été qui jouait plusieurs matchs plutôt qu'un groupe d'entraînement en secondaire 1 ? Et que ce serait-t-il vraiment passé dans son cas, si mes entraînements n'avaient pas été basé sur une évaluation profonde des habiletés individuelles en entraînement et non pas seulement sur leur comportement en situation de match ?

C'est parfaitement vrai que l'on doit s'entraîner en fonction de jouer des matchs, en fonction de performer dans ces matchs ... individuellement ou collectivement. C'est même LA raison principale pour laquelle on s'entraîne. Mais au fil des ans, combien d'athlètes possédant un « talent différent » de votre définition, avons nous laisser passer. Combien d'athlètes avec la capacité de fournir un plus grand effort en entraînement avons-nous laissé de coté, combien d'athlète possédant le talent et le désir d'apprendre plus que les autres avons-nous ignoré, à cause que notre évaluation de leur «talent » ne pouvait réellement pas se faire avec plus de games, que de pratiques en une saison, ou pire en un été ? Il n'y aura toujours que seulement 5 joueurs par équipe sur le court en même temps ... et toujours qu'un seul ballon pour les dix athlètes. Que fait t'on de ceux et celles qui possèdent un talent infini mais qui avaient besoin de plus de temps, de plus de ballons et de plus de conseils pour le découvrir ou pour nous le faire découvrir ?

N'est-ce pas notre travail comme entraîneurs ... de les entraîner ! Nous ne sommes pas seulement des sélectionneurs n'est-ce pas ? Dites-moi SVP, que la passion du coaching, c'est aussi de passer du temps avec nos athlètes à tenter de les voir réussir ... parfois avec impatience, mais en comprenant que cela peut aussi prendre du temps ! En comprenant que le talent, n'est pas la même chose que le potentiel ... et que l'effort est peut-être aussi un talent important !?

Combien de talents avons-nous perdu, en vendant subtilement à nos jeunes et à leurs parents, l'avantage de faire plus de matchs que de pratiques. En leur vendant l'idée qu'ils seront vus et reconnus à cause des nombreux tournois auxquels, ils auront participés. Sans égard pour leur développement ... pour les deux vedettes qui seront davantage remarqués, il y en aura 10 autres ... qui pourraient être dans un gymnase en train de travailler sur leur développement. Car tant que les règles de ce sport, n'auront pas changées, le calcul restera le même ... dans un match, il n'y aura toujours qu'un seul ballon pour 10 athlètes !!!

Ahhhhh oui ! Pour les curieux qui ont suivit mon histoire ... Après avoir subit une défaite crève-cœur, en demi-finale par un seul petit point en prolongation, contre l'équipe du Richelieu-Yamaska .... Nous avons finalement récolté le bronze par 5 en prolongation également contre ma région d'adoption, la Montérégie et son excellente équipe de l'époque ! Les Jeux du Québec de Lachine en Basket-ball féminin, cette année là, ont été remportés par la Région de Québec par 2 points seulement, bien-sûr, en prolongation ! Elles avaient préalablement gagnées leur demi-finale par 3 ... vous l'aurez sans doute devinez ... en prolongation ! No kidding ! Tout cela est parfaitement vrai ! Notre porte-drapeau régional pour les cérémonies de clôture, fût notre capitaine Alex Renaud, témoignage de notre incroyable parcours d'équipe. Ce sont vraiment de superbes souvenirs ! Peu importe de quel coté vous êtes ou la région que vous représentée ! Et je souhaite
la même chose, à tous ceux et celles qui participeront aux Jeux du Québec à Gatineau cette année !!!

Je ne sais pas si les légendaires Élise Caron ou Chanelle St-Amours, ont été portées par la flamme des Jeux du Québec de 2001, dans leurs brillantes carrières qui suivent encore leurs cours ... mais elles y étaient, il y a presque que 10 ans déjà ! Et elles sont devenues, en ce qui me concerne, deux des meilleures joueuses de ce sport au Québec ... Deux filles, qui ont assurément passé plus de temps dans un gym avec leur ballon, que sur les sidelines en uniforme.

Bons Jeux !!!

Je sais ... Je vous laisse encore planter là, sans avoir parlé de Gordon .... Hahahaha .... Ce sera donc pour la prochaine fois ! Et je vous reviendrais sur ... ma définition du mot talent !

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